Une parenthèse

Dimanche j'ai fermé la porte de la grande maison. Après les larmes, après que les affaires du petit chez elle provisoire aient repris leur place dans la grande pièce. Le feu éclairait encore la maison éteinte. J'ai fermé la porte et caché la clé là où elle doit être cachée.
Hier matin elle a quitté la froideur du funérarium pour revenir chez elle, parmi nous, pour cette parenthèse. 
Tous s'affairent déjà (comment font les familles de moins de 11 enfants pour faire tout ça?) quand je suis arrivée timidement mais avec la certitude que c'est là que j'avais envie d'être. Dans cette maison là. Dans la grande pièce aux carreaux de Gironde, pas trop loin du feu.
Certains sont venus dire leur soutien. Et au fil de la journée la tension de la veille, des semaines précédentes s'est apaisée. Ils se sont fait la bise, les grands oncles dont l'affection ne passe jamais que par un regard ou parfois un mot attrapé au vol  "je te fais la bise, tu viens de perdre ta mère". Les plus audacieux nous ont serré dans leurs bras, nous les neveux et nièces venus partager avec eux ce moment. Les yeux rougis et humides, ils se sont racontés des souvenirs et ont joué à "qui-est-qui?" sur les grands albums jaunis. Ils ont ri et sont allés fouiner du côté du bois en bas pour nous remonter des cèpes et des girolles. Ils ont admiré la lumière orange du coucher de soleil sur le noyer qui pendant quelques instants a scellé la magie de cet endroit là (tout comme cette coccinelle tout d'un coup apparue sur la grande table pendant que nous partagions la soupe faite avec les légumes ramassés dans son jardin).

J'ai passé ma tête dans l'encadrement de la porte, mais je n'ai pas osé entrer. Mon dernier souvenir était tellement chaud et présent que j'ai eu un peu peur de le refroidir, peut-être. Le grand oncle a proposé de m’accompagner auprès d'elle, j'ai dit que j'irai pour accompagner mes schtroumpfs quand ils arriveraient. Elle a dit qu'elle attendait sa filleule. Mais les enfants sont rentrés dans la chambre comme si c'était une évidence sans se préoccuper de nous. Alors nous les avons suivis sur la pointe des pieds. Ils se sont mis à regarder les albums et l'arbre généalogique, s'émerveillant de nous voir petits et de se voir aussi dans le feuillage de l'arbre. ils ont regardé leurs racines, nos racines, en riant, assis autour d'elle, le plus naturellement du monde.
J'ai demandé le droit de rester un peu plus. Après le départ des familles, avec les grands oncles et tantes. Le plus jeune m'a dit que c'était là que je devais être, que j'avais ma place ici. Je ne saurais pas dire combien ces mots là ont été forts pour moi qui ai passé tant de temps de l'autre côté de l'océan à tisser des liens autrement pour avoir cette place là moi aussi, dans cette famille là, dans cette famille où il faut savoir attraper le sens des regards, et des quelques mots lancés juste comme ça.
Aujourd'hui la vie me retiens un peu plus loin, demain toutes et tous seront là, proches et moins proches dans tous les sens du terme. Il y aura encore des choses à faire, du rythme et de la chaleur, des larmes mais les liens et les rires aussi. 
Et après la parenthèse ??


2 commentaires:

Je ne peux vous répondre que dans les commentaires ou sur vos blogs... Mais je suis toujours ravie de lire vos petits mots et de découvrir de nouveaux espaces...